Marie-Joseph Angélique (c. 1705–1734)

Affaire Marie-Joseph Angélique, accusée d’avoir incendié une grande partie de Montréal. © BanQ, Archives judiciaires de Montréal

Pour la semaine du lundi 12 avril 2021

Le 12 avril 1734, Marie-Joseph Angélique comparaît devant un juge à Montréal à la suite d’accusations d’incendie criminel, une infraction passible de la peine de mort dans la colonie de la Nouvelle-France. Elle est accusée d’avoir mis le feu à une résidence privée de la rue Saint-Paul. Le feu s’est rapidement propagé, détruisant environ 46 maisons ainsi que l’Hôtel-Dieu.

Angélique est une esclave portugaise d’origine africaine transportée de force de l’autre côté de l’Atlantique, puis vendue en 1725, à l’âge de 20 ans, au marchand François Poulin de Francheville de Montréal. À la mort de ce dernier en 1733, Angélique devient la propriété de son épouse, Thérèse de Couagne de Francheville. Durant la période où elle est esclave dans la maison de Francheville, elle subit régulièrement des coups de fouet et perd trois enfants en bas âge.

L’esclavage des Africains est légal dans la colonie de la Nouvelle-France, où l’on nie l’humanité des esclaves en les réduisant à des biens à vendre et à acheter, exploitant leur travail et les soumettant à des violences physiques, sexuelles, psychologiques et reproductives. Les esclaves ripostent de nombreuses façons, notamment en détruisant des outils pour limiter leur productivité et en risquant une capture violente et un retour à l’esclavage en se réfugiant dans des communautés de personnes libres d’origine africaine ou en allant retrouver des membres de leur famille.

Le 10 avril 1734, une grande partie de Montréal est détruite par un incendie qui prend naissance dans la maison de Francheville. Angélique est accusée d’avoir déclenché l’incendie dévastateur, et elle est arrêtée par la police le lendemain. Son témoignage, livré au cours d’un procès qui durera trois mois, est l’un des premiers témoignages d’esclave à être enregistré en Nouvelle-France, bien que médiatisé et probablement influencé par les fonctionnaires français responsables de transcrire sa description des événements. Lorsqu’on lui demande où elle se trouvait au moment de l’incendie, elle répond qu’on l’a « (…) interrogé ou elle était dans le temps que le feu a pris dans la maison. A dis qu’elle etait sur le pas de la porte qui parlait au nommé Latreille qui était d’lautre côté d’la rue a la porte de l’hotel Dieu et quelle ne franchisa dans la rue que lorsque le Latreille cria au feu (…) » (version française originale).

Vingt-trois témoins accusent Angélique d’avoir allumé le feu, alléguant qu’elle espérait que cela lui servirait de distraction afin qu’elle puisse échapper à l’esclavage avec un serviteur français blanc sous contrat, nommé Claude Thibault. Le tribunal de la juridiction de Montréal condamne Angélique, qui a clamé son innocence tout au long du procès. Le juge Pierre Raimbault se rend à la prison pour prononcer le jugement en compagnie d’un médecin, d’un évaluateur du tribunal, du bourreau et tortionnaire, ainsi que de quatre gardes armés; elle sera torturée jusqu’à ce qu’elle avoue. Marie-Joseph Angélique est pendue sur la place publique le 21 juin 1734.

L’esclavage des Africains au Canada (c. 1629-1834) a été désigné événement d’importance historique nationale.

Le Programme national de commémoration historique repose sur la participation des Canadiens afin d’identifier les lieux, les événements et les personnages d’importance historique nationale. Tous les membres du public peuvent proposer un sujet afin qu’il soit étudié par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Pour de plus amples informations sur le processus de présentation d’une demande de désignation, consultez la page suivante: https://www.pc.gc.ca/fr/culture/clmhc-hsmbc/ncp-pcn

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